Le lien ne s'efface jamais, il se transforme
Beaucoup de personnes imaginent le deuil comme un chemin qui mène à un point d'arrivée : un jour, on aurait « fini » de pleurer son animal, et le lien s'effacerait derrière soi. La théorie des liens continus, développée par les chercheurs Klass, Silverman et Nickman, propose une autre lecture. Le lien avec l'animal disparu ne disparaît pas : il se transforme. L'objectif n'est donc pas de se détacher, mais de réorganiser, à l'intérieur de soi, une relation qui continue d'exister autrement. Cette relation intérieure peut être une vraie source d'apaisement, mais elle explique aussi pourquoi elle peut, certains jours, redevenir source de chagrin.
Le deuil avance et recule, ce n'est pas un échec
D'autres chercheurs, Stroebe et Schut, ont montré que le deuil n'est pas une ligne droite vers un « point final ». On oscille en permanence entre deux mouvements : des moments où l'on confronte la perte de plein fouet, et des moments où l'on se tourne vers la vie, vers l'avenir. Cette oscillation peut se réactiver des années après, en particulier lorsqu'un événement remet votre animal au premier plan. Si un souvenir vous submerge soudainement après des mois, voire des années de calme apparent, ce n'est pas un signe que vous n'avez « pas fait votre deuil ».
Pourquoi certaines dates ou certains événements réveillent tout
Ce phénomène a un nom : les réactions d'anniversaire. Une résurgence des émotions de deuil autour de dates marquantes est un phénomène documenté dans la littérature scientifique sur le deuil : une revue systématique publiée en 2025 dans la revue Death Studies a recensé 58 articles confirmant l'existence de ces réactions émotionnelles et parfois physiques autour de ces dates. Le chercheur Rando a proposé un autre concept proche, les STUG, pour désigner ces vagues de chagrin intenses et inattendues qui peuvent survenir bien après la perte initiale, déclenchées par une date, un événement de vie, ou même un stimulus sensoriel comme une odeur ou un son qui rappelle l'animal.
Le lien avec votre animal ne disparaît pas : il se transforme, et il peut revenir vous chercher, des années après.
Un deuil qui n'a pas toujours été reconnu
Le deuil d'un animal appartient souvent à ce que le chercheur Doka a appelé le deuil non reconnu socialement : un chagrin que l'entourage minimise parfois, faute de rituel funéraire admis ou de reconnaissance sociale à la hauteur du lien vécu. Cette absence de reconnaissance au moment de la perte peut rendre le deuil plus susceptible de ressurgir plus tard. Par ailleurs, les chercheurs Hughes et Lewis Harkin montrent que le lien continu qui perdure avec l'animal disparu peut, selon les moments, intensifier et prolonger le chagrin, mais aussi devenir un véritable appui et nourrir un cheminement intérieur positif.
Quand la culpabilité revient aussi
Il arrive que ce qui ressurgisse ne soit pas seulement de la tristesse, mais de la culpabilité : « Ai-je bien fait ? », « Aurais-je pu agir autrement ? ». Les chercheurs Li, Stroebe et leurs collègues ont montré que la culpabilité est une composante fréquente du deuil, y compris du deuil animalier, souvent liée à l'auto-accusation autour de décisions médicales prises pour l'animal. Un événement ultérieur peut réactiver précisément cette dimension.
Ce que cela signifie pour vous, aujourd'hui
Si un chagrin ancien vous submerge à nouveau, ce n'est ni un retour en arrière, ni un échec de votre deuil : c'est le signe que le lien avec votre animal reste vivant en vous. Le DSM-5-TR et la CIM-11 reconnaissent d'ailleurs qu'une intensification du chagrin autour des dates anniversaires fait partie du deuil normal, à distinguer d'un trouble plus installé, qui ne peut être envisagé qu'après plusieurs mois (12 mois selon le DSM-5-TR, 6 mois selon la CIM-11) de détresse persistante et invalidante. Si ce chagrin qui ressurgit vous semble trop lourd à porter seul·e, un accompagnement comme le protocole LIA proposé par Clemii peut vous aider à identifier ce qui domine, chagrin, colère ou culpabilité, et à retrouver un espace pour en parler, à votre rythme.
Bibliographie
- Klass, D., Silverman, P. R. & Nickman, S. (1996). Continuing Bonds: New Understandings of Grief. Taylor & Francis. DOI ↗
- Stroebe, M. & Schut, H. (1999). The Dual Process Model of Coping with Bereavement. Death Studies, 23(3), 197–224. DOI ↗
- Leaune, E., Lau-Taï, P. & Pitman, A. (2025). The phenomenon of bereavement anniversary reactions: An integrative systematic review. Death Studies, 1–18. DOI ↗
- Rando, T. A. (1993). Treatment of Complicated Mourning. Research Press. Éditeur ↗
- Doka, K. J. (1989, 2002). Disenfranchised Grief: Recognizing Hidden Sorrow. Lexington Books / Research Press. Éditeur ↗
- Hughes, B. & Lewis Harkin, B. (2022). The Impact of Continuing Bonds Between Pet Owners and Their Pets Following the Death of Their Pet: A Systematic Narrative Synthesis. OMEGA, Journal of Death and Dying, 90(4), 1666–1684. DOI ↗
- Li, J., Stroebe, M., Chan, C. L. W. & Chow, A. Y. M. (2014). Guilt in Bereavement: A Review and Conceptual Framework. Death Studies, 38(3), 165–171. DOI ↗
- American Psychiatric Association (2022). Diagnostic and Statistical Manual of Mental Disorders (DSM-5-TR). APA Publishing.
- Organisation mondiale de la Santé (2022). CIM-11 pour les statistiques de mortalité et de morbidité, code 6B42 (Trouble de deuil prolongé). OMS ↗
Le lien reste vivant
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