« Est-ce que je trahis mon animal si j'en adopte un autre ? » C'est l'une des questions qui revient le plus souvent, et elle est rarement simple. Il n'y a pas de bonne réponse universelle : il y a seulement la vôtre, à un moment donné. La recherche sur le deuil animalier et l'attachement apporte tout de même quelques repères utiles pour avancer sans se juger.
Adopter ne remplace pas
Un nouvel animal ne « remplace » jamais celui qui est parti. Chaque lien est unique, avec sa propre histoire, ses propres habitudes, sa propre place dans votre vie. Le concept des liens continus, proposé par les chercheurs Dennis Klass, Phyllis Silverman et Steven Nickman dans leur ouvrage Continuing Bonds publié en 1996, éclaire bien ce point : le lien qui vous unissait à votre animal disparu ne s'arrête pas à sa mort, il se transforme et continue d'exister à l'intérieur de vous, sous une autre forme. Accueillir un autre compagnon, ce n'est pas effacer le précédent : cela ouvre une histoire supplémentaire, à côté de celle que vous gardez en mémoire.
Ce que dit la recherche sur le fait d'aimer à nouveau
Une étude menée en 2022 par les chercheurs sud-coréens Hyo Jin Park et Goo-Churl Jeong, publiée dans la revue Behavioral Sciences, s'est penchée sur ce qui aide vraiment les personnes endeuillées d'un animal à traverser cette épreuve et, parfois, à en ressortir grandies. Auprès de plus de 300 personnes ayant perdu un animal, ils ont confirmé une chose assez intuitive : plus l'attachement à l'animal disparu était fort, plus la douleur de la séparation l'était aussi. Mais leur résultat le plus intéressant est ailleurs. Ce n'est pas l'intensité du lien qui détermine si l'on ressort grandi de cette épreuve : ce sont les stratégies utilisées pour digérer l'émotion. Les personnes qui parviennent à donner un sens à ce qu'elles vivent, à relativiser, à accepter la situation plutôt qu'à ruminer ou à s'auto-accuser, ont davantage de chances de vivre ce que les chercheurs appellent une « croissance post-traumatique » : ressortir de l'épreuve avec une forme de force ou de maturité nouvelle. Adopter un nouvel animal n'est donc ni une garantie, ni un obstacle à ce processus : ce qui compte, c'est la façon dont vous traversez ce qui s'est passé, pas le fait d'accueillir ou non un nouveau compagnon.
Le lien compte plus que l'animal lui-même
Une autre étude, publiée en 2024 dans la revue Anthrozoös par les chercheuses Amity Jordan et Jennifer Vonk, apporte un éclairage rassurant pour celles et ceux qui craignent qu'un nouvel animal, différent du précédent par sa race ou même son espèce, ne puisse pas « compter » de la même façon. Leur travail montre que c'est la force de l'attachement, et non le type d'animal, qui prédit l'intensité du deuil et le soutien perçu de l'entourage en cas de perte. Autrement dit, ce n'est pas la ressemblance avec votre ancien compagnon qui donnera de la valeur à ce nouveau lien : c'est la qualité de la relation que vous construirez avec lui, à son propre rythme.
Quelques signes que le moment approche
Vous pouvez vous sentir prêt·e lorsque l'idée d'un nouvel animal éveille de la tendresse plutôt que de la culpabilité ou de l'angoisse ; lorsque vous pensez à votre compagnon disparu avec douceur, sans être systématiquement submergé·e ; et lorsque votre désir vient de vous, pas d'une volonté de combler le vide à tout prix ou d'une pression de l'entourage.
« Aimer à nouveau n'efface pas l'amour d'avant. Il s'y ajoute. »
Et si je ne ressens rien encore ?
C'est tout aussi légitime. Certaines personnes adoptent vite, d'autres des années plus tard, d'autres jamais, et tous ces choix se respectent. Il n'y a pas de délai juste, ni d'obligation. Laisser la place vide un temps n'est pas un manque d'amour pour les animaux : c'est parfois exactement ce dont on a besoin.
Avancer sans oublier
Que vous adoptiez ou non, l'enjeu est le même : trouver une façon de garder une place pour votre compagnon tout en vous autorisant à vivre. Un rituel, un objet, une photo, un mot écrit peuvent aider à honorer ce lien et à avancer, en douceur, à votre rythme.
Bibliographie
- Klass, D., Silverman, P. R. & Nickman, S. L. (1996). Continuing Bonds: New Understandings of Grief. Taylor & Francis. DOI ↗
- Park, H. J. & Jeong, G.-C. (2022). Relationship between Attachment to Pet and Post-Traumatic Growth after Pet Loss: Mediated Moderating Effect of Cognitive Emotion Regulation Strategy through Separation Pain. Behavioral Sciences, 12(8), 291. DOI ↗
- Jordan, A. & Vonk, J. (2024). No Loss of Support if Attached: Attachment Not Pet Type Predicts Grief, Loss Sharing, and Perceived Support. Anthrozoös, 37(3). DOI ↗
Avancer à votre rythme
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