Annoncer la mort d'un animal à un enfant est un moment redouté par beaucoup de parents. On voudrait le protéger de la peine, et l'on ne sait pas toujours quels mots employer. Pourtant, les enfants ressentent ce qui se passe autour d'eux : un deuil expliqué simplement et honnêtement est plus rassurant qu'un silence, et la recherche sur le deuil chez l'enfant donne aujourd'hui des repères assez clairs pour avancer avec moins d'appréhension.
Dire les choses avec des mots vrais
Il est tentant d'adoucir avec des images : « il s'est endormi », « il est parti en voyage », « il est parti rejoindre les étoiles ». Les organismes spécialisés dans l'accompagnement du deuil chez l'enfant, comme Child Bereavement UK ou le service de pédopsychiatrie du Children's Hospital of Philadelphia, insistent pourtant sur un point simple : ces formules, pensées pour adoucir le choc chez l'adulte qui les prononce, créent en réalité de la confusion et parfois de la peur chez l'enfant. Un enfant à qui l'on dit que son chat « s'est endormi pour toujours » peut se mettre à redouter d'aller se coucher. Un enfant à qui l'on dit que son chien « est parti » peut attendre son retour pendant des semaines. Mieux vaut des mots simples et concrets : « Son corps a arrêté de fonctionner, il est mort, il ne reviendra pas. » C'est direct, mais c'est ce qui aide l'enfant à comprendre et à ne pas attendre un retour.
Ce que l'enfant peut vraiment comprendre, selon son âge
Deux chercheurs américains, Mark Speece et Sandor Brent, ont passé en revue en 1984, dans la revue Child Development, l'ensemble des études disponibles sur la façon dont les enfants comprennent la mort. Ils ont identifié trois notions que l'enfant doit acquérir pour vraiment saisir ce que « mourir » veut dire : que la mort arrive à tous les êtres vivants sans exception (l'universalité), qu'elle est définitive et sans retour possible (l'irréversibilité), et qu'un corps mort ne respire plus, ne mange plus, ne ressent plus rien (la non-fonctionnalité). Leur travail montre que la plupart des enfants en bonne santé acquièrent ces trois notions entre 5 et 7 ans, tout en soulignant que cette compréhension se construit progressivement et peut continuer de se consolider un peu plus tard chez certains enfants. Avant cet âge, il est donc tout à fait normal qu'un enfant pose plusieurs fois la même question, ou espère un retour possible : ce n'est pas un manque d'écoute de sa part, c'est simplement que sa compréhension de la mort se construit encore, brique par brique.
Un chagrin à prendre au sérieux
Prendre ce chagrin au sérieux n'est pas une option parmi d'autres. Une étude publiée en 2020 dans la revue European Child & Adolescent Psychiatry, menée par une équipe de chercheurs autour de Katherine Crawford, a suivi plusieurs milliers d'enfants et montré que plus de la moitié d'entre eux (52,7 %) avaient déjà vécu la mort d'un animal au cours de leurs huit premières années. Les chercheurs ont observé que ces enfants présentaient, en moyenne, davantage de signes de mal-être psychologique que ceux dont l'animal était encore en vie, un effet un peu plus marqué chez les garçons. Il ne s'agit pas de dramatiser : l'effet mesuré restait environ trois fois plus faible que celui d'épreuves plus lourdes comme la maltraitance ou les grandes difficultés financières familiales. Mais il confirme une chose simple : la perte d'un animal n'est pas un « petit » chagrin d'enfant qu'on peut balayer d'un revers de main. C'est un vrai deuil, qui mérite d'être accompagné avec autant de soin qu'un autre.
« Montrer sa propre tristesse autorise l'enfant à exprimer la sienne. »
Accueillir ses émotions
Un enfant peut réagir de mille façons : pleurs, colère, indifférence apparente, ou retour au jeu cinq minutes après l'annonce. Toutes ces réactions sont normales. Le psychologue J. William Worden et la chercheuse Phyllis Silverman ont mené, entre 1992 et 1996, la Harvard Child Bereavement Study, une étude qui a suivi pendant deux ans 125 enfants ayant perdu un parent proche. L'un de leurs constats les plus utiles ici, c'est que la façon dont l'adulte référent vit et exprime son propre chagrin influence directement la manière dont l'enfant traverse le sien. Un enfant qui voit un adulte pleurer, nommer sa tristesse, puis continuer à vivre, apprend par l'exemple qu'on peut être triste et bien à la fois. Cette étude portait sur la perte d'un parent, pas sur celle d'un animal, mais le mécanisme qu'elle décrit s'applique tout autant ici : l'essentiel est de faire savoir à l'enfant qu'il a le droit d'être triste, et que vous êtes là pour en parler quand il le voudra.
Créer un petit rituel ensemble
Dessiner l'animal, écrire un mot, choisir une photo, planter quelque chose en sa mémoire : un geste simple, fait ensemble, aide l'enfant à dire au revoir et à comprendre qu'on peut garder l'amour tout en acceptant l'absence.
Bibliographie
- Speece, M. W. & Brent, S. B. (1984). Children's Understanding of Death: A Review of Three Components of a Death Concept. Child Development, 55(5), 1671–1686. DOI ↗
- Crawford, K. M., Zhu, Y., Davis, K. A., Ernst, S., Jacobsson, K., Nishimi, K., Smith, A. D. A. C. & Dunn, E. C. (2021). The mental health effects of pet death during childhood: is it better to have loved and lost than never to have loved at all? European Child & Adolescent Psychiatry, 30(10). DOI ↗
- Worden, J. W. & Silverman, P. R. (1996). Parental Death and the Adjustment of School-Age Children. Omega, Journal of Death and Dying, 33(2), 91–102. DOI ↗
Traverser ce deuil en famille
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